Le magazine féminin en ligne

Comprendre l’ennéagramme

·

· par

·

5 min de lecture

comprendre l enneagramme

Neuf types, une étoile à neuf branches, des flèches qui relient les points entre eux : au premier regard, l’ennéagramme intrigue par sa géométrie autant que par sa promesse. Comprendre l’ennéagramme, c’est découvrir un système qui ne classe pas les gens selon leurs comportements, mais selon ce qui les motive en profondeur — leurs peurs, leurs désirs, leurs angles morts. Un outil de connaissance de soi séduisant, à condition de savoir d’où il vient et de ne jamais le confondre avec un instrument de mesure validé scientifiquement.

comprendre l enneagramme
Le symbole de l’ennéagramme : un cercle, neuf points, un réseau de relations.

Une histoire récente, malgré les apparences

On présente parfois l’ennéagramme comme une sagesse antique venue d’Orient. La réalité est plus prosaïque. Le symbole lui-même a été introduit en Occident au début des années 1920 par George Ivanovitch Gurdjieff, mystique d’origine arménienne, qui affirmait le tenir d’une tradition ésotérique orientale. Mais Gurdjieff n’enseignait pas les neuf types de personnalité tels qu’on les connaît aujourd’hui.

C’est Oscar Ichazo qui, à partir des années 1960 et au sein de son école Arica fondée au Chili en 1968, associa le premier des contenus psychologiques aux neuf points : passions, vertus, fixations de l’ego. Puis le psychiatre chilien Claudio Naranjo, son élève, opéra dans les années 1970 aux États-Unis la synthèse entre ce système et la psychologie contemporaine. Helen Palmer et d’autres contribuèrent ensuite à sa diffusion. L’ennéagramme de personnalité que l’on consulte aujourd’hui a donc à peine plus d’un demi-siècle.

Cette généalogie a une conséquence importante : l’ennéagramme n’est pas issu de la recherche universitaire et sa validité psychométrique reste contestée. Ce n’est pas un test scientifiquement validé au même titre que les outils utilisés en psychologie clinique. C’est une grille de lecture — utile à qui sait ce qu’il en fait.

Comprendre l’ennéagramme : les neuf types

Chaque type se définit moins par ce qu’il fait que par ce qu’il cherche à éviter. Voici la présentation la plus courante, à lire comme une invitation à l’observation de soi, non comme un verdict.

TypeNom courantPeur centraleDésir profond
1Le perfectionnisteÊtre mauvais, corrompuÊtre intègre, juste
2L’altruisteNe pas être aiméSe sentir indispensable
3Le battantÊtre sans valeurRéussir, être admiré
4Le romantiqueÊtre banal, sans identitéÊtre unique, authentique
5L’observateurÊtre envahi, démuniComprendre, maîtriser
6Le loyalÊtre sans appuiTrouver sécurité et soutien
7L’épicurienManquer, souffrir, s’ennuyerÊtre libre et comblé
8Le protecteurÊtre contrôlé, vulnérableRester maître de sa vie
9Le médiateurLe conflit, la séparationLa paix intérieure et extérieure
Les neuf types de l’ennéagramme, présentés selon les motivations profondes.

Les subtilités qui font la richesse du modèle

Réduire l’ennéagramme à neuf cases serait manquer l’essentiel. Le système comporte plusieurs raffinements qui expliquent pourquoi deux personnes du même type peuvent sembler très différentes.

  • Les ailes : chaque type est influencé par l’un de ses deux voisins sur le cercle, ce qui nuance son expression.
  • Les flèches : sous stress ou en période d’épanouissement, un type emprunterait les traits d’un autre point du schéma.
  • Les niveaux de développement : un même type peut s’exprimer de manière très saine ou franchement rigide.
  • Les centres : instinctif (8-9-1), émotionnel (2-3-4), mental (5-6-7), qui indiquent d’où part la réaction première.

Comment identifier son type sans se tromper

Les tests en ligne donnent des résultats souvent instables, car on répond à partir de l’image que l’on a de soi. La méthode recommandée par les praticiens sérieux consiste à lire les descriptions complètes, à observer ses réactions pendant plusieurs semaines, et surtout à repérer ce qui dérange. Le bon type est rarement le plus flatteur : c’est celui dont la description provoque un léger malaise, parce qu’elle met le doigt sur un mécanisme que l’on préférerait ne pas voir.

À quoi cela sert-il vraiment ?

L’intérêt de l’ennéagramme n’est pas de se ranger dans une case, mais de comprendre ses automatismes. Savoir que l’on a tendance à fuir le conflit, à surinvestir la performance ou à se rendre indispensable pour être aimée change la manière dont on vit les frictions du quotidien. C’est là que l’outil rejoint des questions très concrètes, comme la peur d’être laissée de côté dans une relation, dont plusieurs types portent des variantes.

Le risque, à l’inverse, est bien connu : l’étiquette qui devient excuse. « Je suis 8, je suis comme ça » n’a jamais aidé personne à changer quoi que ce soit. Un type n’est pas un destin, et il ne dispense d’aucun effort.

Notons aussi que l’ennéagramme est parfois présenté aux côtés d’autres systèmes symboliques, comme les grilles de lecture fondées sur les nombres. Ce voisinage est trompeur : contrairement à un calcul appliqué à une date de naissance, l’ennéagramme repose sur l’observation de motivations réelles. Cela ne le rend pas scientifique pour autant, mais la démarche est de nature différente.

Un outil, pas une identité

Utilisé avec discernement, l’ennéagramme donne du langage à ce que l’on ressent confusément. Il éclaire les malentendus dans un couple, une équipe, une famille — pourquoi l’un a besoin de tout planifier quand l’autre étouffe dès qu’on lui impose un cadre. Cette compréhension mutuelle vaut souvent mieux qu’un débat sans fin sur qui a raison.

Prenez donc le temps : lisez, observez, et laissez le doute travailler. Cette lenteur, qui est aussi celle que prône une vie moins pressée, est ici la meilleure alliée. On ne se comprend pas en quinze questions à choix multiples.