Le mot est partout : on parle de résilience des entreprises, des villes, des économies. À force d’être employé à tort et à travers, il a perdu de sa précision et sonne parfois comme une injonction supplémentaire adressée à celles qui souffrent déjà. Pourtant, comprendre la résilience dans son sens d’origine, celui que lui donne la psychologie, révèle une notion bien plus douce et bien plus juste que le slogan de performance qu’on en a fait. Il ne s’agit pas d’encaisser sans broncher, mais de reprendre un chemin après une blessure.

Ce que dit Boris Cyrulnik
C’est le neuropsychiatre Boris Cyrulnik qui a popularisé le concept en France. Sa définition tient en une formule : la résilience, c’est reprendre un nouveau développement après un traumatisme. Non pas revenir à l’état antérieur, comme si rien ne s’était passé, mais repartir autrement, avec la blessure intégrée à son histoire.
Cyrulnik insiste sur un point que l’usage courant a effacé : la résilience est un processus, pas un trait de caractère. Elle n’est pas une force que certaines auraient et d’autres non. Elle résulte d’une interaction complexe entre une personne, son histoire et son environnement affectif, social et culturel. Autrement dit, on ne « devient » pas résiliente par un effort de volonté : on le devient à certaines conditions, dont beaucoup ne dépendent pas de soi.
Le rôle décisif des tuteurs de résilience
La notion la plus précieuse de Cyrulnik est peut-être celle du « tuteur de résilience ». La métaphore est empruntée au jardinage : le tuteur, c’est le piquet qui permet à une plante fragilisée de repousser droit. Dans une vie humaine, ce tuteur est une personne, ou parfois une activité, une œuvre, une communauté, qui tend la main au bon moment et permet de donner un sens à ce qui a été traversé.
Un seul adulte significatif peut suffire. Une institutrice attentive, une voisine, un oncle, un thérapeute, un groupe de parole. Cette idée est profondément consolante, et elle porte une responsabilité : chacune d’entre nous peut, sans le savoir, jouer ce rôle pour quelqu’un. La résilience n’est jamais une affaire strictement individuelle, elle se tricote dans le lien.
Ce que la résilience n’est pas
| Idée reçue | Ce que dit réellement le concept |
|---|---|
| Être résiliente, c’est ne pas souffrir | La souffrance existe et doit être reconnue ; elle n’est pas contournée |
| C’est un trait de personnalité inné | C’est un processus dynamique, qui se construit dans le temps |
| Il faut « tourner la page » | Il s’agit d’intégrer l’événement, pas de l’effacer |
| On s’en sort seule, par la volonté | L’entourage et les tuteurs jouent un rôle déterminant |
| Ne pas être résiliente est une faiblesse | Les conditions ne sont pas toujours réunies : ce n’est pas un échec personnel |
Ce dernier point mérite d’être martelé. Transformer la résilience en devoir moral, c’est ajouter de la culpabilité à la douleur. À une femme qui traverse un deuil, une rupture violente ou un effondrement lié à un épuisement professionnel, on ne demande pas d’être exemplaire. On lui doit du temps, de l’écoute, et un accompagnement professionnel lorsque la souffrance s’installe.
Ce qui soutient le processus
Si la résilience ne se décrète pas, certains appuis reviennent régulièrement dans les récits de celles et ceux qui se sont reconstruits.
- Mettre des mots. Raconter, écrire, parler à quelqu’un qui écoute vraiment. Le récit organise ce que le choc avait dispersé.
- Retrouver du lien. L’isolement prolonge la blessure ; la présence d’autrui la rend habitable.
- Reprendre prise sur le quotidien. Des gestes simples, des rythmes réguliers, un cadre qui tient.
- Donner un sens. Non pas justifier l’épreuve, mais inscrire ce qui est arrivé dans une histoire dont on redevient l’auteure.
- Prendre soin du corps. Le sommeil, le mouvement, la respiration participent à la reconstruction autant que les mots.
Sur ce dernier point, des approches corporelles douces trouvent naturellement leur place. La sophrologie, avec ses exercices de détente et d’ancrage, est souvent proposée en complément d’un suivi psychologique, non pour remplacer la parole, mais pour rendre le corps à nouveau habitable quand il s’était figé.
Une sensibilité qui n’est pas une fragilité
On croise souvent l’idée que les personnes très émotives seraient moins résilientes. Rien ne permet de l’affirmer. Le trait décrit comme une haute sensibilité aux stimulations et aux émotions s’accompagne d’une profondeur de traitement de l’information qui peut, au contraire, nourrir la capacité à donner du sens et à comprendre ce qui s’est joué. Une émotion vive n’est pas une faiblesse psychique : c’est une information intense.
Reprendre un chemin, à son rythme
Il n’existe pas de calendrier de la reconstruction. Certaines femmes se relèvent en quelques mois, d’autres mettent des années, d’autres encore avancent par vagues, avec des rechutes qui n’annulent rien du chemin parcouru. Comparer sa trajectoire à celle d’une autre n’a aucun sens, et les récits édifiants de renaissance spectaculaire font parfois plus de mal que de bien.
Ce qu’il faut retenir tient en peu de mots : vous n’avez pas à vous relever seule, et le fait de ne pas y arriver tout de suite ne dit rien de votre valeur. Si la souffrance dure, s’installe, empêche de vivre, la meilleure décision n’est pas de serrer les dents. C’est d’aller chercher, auprès d’un professionnel, le tuteur dont votre reconstruction a besoin.
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