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Comprendre l’introversion

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comprendre introversion

Vous rentrez d’une soirée pourtant réussie, entourée de gens que vous aimez, et vous n’avez qu’une envie : le silence. Non pas parce que la soirée s’est mal passée, mais parce que quelque chose en vous est vide et demande à se remplir. Cette sensation, des millions de femmes la connaissent sans toujours savoir la nommer. Comprendre l’introversion, c’est cesser de la vivre comme un défaut à corriger pour la reconnaître comme un fonctionnement, avec sa logique et ses forces propres.

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L’introversion décrit une manière de recharger son énergie, pas une difficulté relationnelle.

Une notion issue de la psychologie

Le terme a été popularisé par Carl Gustav Jung dans Types psychologiques, publié en 1921. Le psychiatre suisse y décrivait deux attitudes fondamentales de la psyché : l’extraversion, où l’énergie se tourne vers le monde extérieur, et l’introversion, où elle se tourne vers le monde intérieur. Point essentiel, souvent oublié : Jung ne décrivait pas deux catégories étanches. Chacun possède les deux mécanismes, seule leur prédominance relative varie. Personne n’est purement introverti ou purement extraverti.

La notion a connu une seconde vie en 2012 avec le livre de Susan Cain, La Force des discrets, qui a rencontré un succès mondial. L’auteure y défend une idée simple : nos sociétés occidentales valorisent tellement l’expression, le charisme et le travail en groupe qu’elles gaspillent le talent de ceux qui pensent mieux dans le calme.

Introversion n’est pas timidité

C’est la confusion la plus répandue, et il faut la lever fermement. Susan Cain la formule avec netteté : la timidité est la peur du jugement négatif, tandis que l’introversion est une préférence pour les environnements calmes et peu stimulants. Autrement dit, une personne introvertie ne craint pas les autres. Elle apprécie souvent profondément les relations humaines, simplement dans un format différent : une conversation à deux plutôt qu’un dîner à douze, une discussion de fond plutôt qu’un enchaînement de banalités.

On peut donc être introvertie et parfaitement à l’aise en public. On peut être extravertie et timide. Ces deux dimensions sont indépendantes, et les mélanger conduit à des malentendus douloureux, notamment chez les jeunes filles à qui l’on répète qu’elles devraient « s’ouvrir davantage ».

Reconnaître son fonctionnement

SituationTendance plutôt introvertieTendance plutôt extravertie
Après une journée très socialeBesoin de solitude pour récupérerEnvie de prolonger avec d’autres
En réunionRéfléchit avant de parler, intervient peu mais de façon poséePense en parlant, réagit à chaud
Face à un problème complexePréfère y travailler seule, au calmeAime le résoudre en brainstormant à plusieurs
Nombre d’amisQuelques relations profondesUn réseau plus large
Environnement de travail idéalSilencieux, avec peu d’interruptionsAnimé, ouvert, avec des échanges fréquents
Il s’agit de tendances sur un continuum, pas de cases exclusives.

La différence tient donc moins au comportement visible qu’à la source d’énergie. L’introvertie se recharge dans le retrait ; l’extravertie se recharge dans le contact. Toutes deux peuvent aimer les gens, réussir en société et prendre la parole. Simplement, la première paiera cette dépense sociale d’une fatigue réelle qu’il lui faudra compenser.

Une proximité fréquente avec l’hypersensibilité

Beaucoup de femmes introverties se reconnaissent aussi dans le trait de haute sensibilité décrit par la psychologue Elaine Aron. Les deux notions se recoupent sans se confondre : on peut être introvertie sans être hypersensible, et une partie des personnes hautement sensibles sont extraverties. Ce qui les rapproche, c’est un rapport particulier à la stimulation, qui devient vite excessive dans les environnements bruyants et pressés.

Vivre son introversion sans se contorsionner

Le monde du travail, avec ses open spaces, ses réunions permanentes et sa valorisation de l’aisance orale, n’a pas été conçu pour les tempéraments réservés. Plutôt que de se forcer à devenir quelqu’un d’autre, il existe des ajustements concrets qui changent beaucoup de choses.

  • Protégez vos plages de récupération. Inscrivez-les dans votre agenda comme un rendez-vous : trente minutes de calme valent mieux qu’une soirée subie.
  • Préparez vos prises de parole. Vous n’êtes pas moins pertinente, vous avez simplement besoin d’un temps de réflexion préalable.
  • Osez l’écrit. Un message argumenté après une réunion vaut souvent mieux qu’une intervention improvisée pendant.
  • Choisissez la qualité des liens. Deux amitiés solides valent mieux qu’un carnet d’adresses fourni qui vous épuise.
  • Négociez vos conditions. Casque, télétravail partiel, salle isolée : ces demandes sont légitimes et rarement refusées lorsqu’elles sont expliquées.

Certaines femmes trouvent également un appui dans les pratiques corporelles douces. La sophrologie, qui apprend à repérer et relâcher les tensions, offre par exemple des outils courts, réutilisables entre deux réunions, pour redescendre en pression sans avoir besoin de s’isoler longuement.

Une force, pas un handicap

Les tempéraments introvertis apportent des qualités dont les organisations manquent cruellement : la capacité à écouter vraiment, à réfléchir avant de trancher, à travailler longuement sur un sujet difficile sans réclamer d’applaudissements. Beaucoup de décisions médiocres ont été prises parce que la personne la plus sonore l’a emporté sur la plus juste.

Reste le plus difficile : cesser de s’excuser. Refuser une invitation parce que la semaine a été chargée n’est pas de l’égoïsme. Avoir besoin de silence n’est pas de la froideur. Préférer une conversation à cœur ouvert à une fête bruyante n’est pas un manque de joie de vivre. C’est une manière d’être au monde, aussi valable qu’une autre, et le jour où vous cesserez de la juger, vous découvrirez qu’elle vous a toujours bien servie.

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